
« On ne te dira plus ‘délaissée’ » (Is 62, 4)
L’Evêque du Diocèse Catholique de Cyangugu, Son Excellence Monseigneur Edouard SINAYOBYE, s’est appuyé sur cette prophétie pour annoncer l’amour miséricordieux de notre Père Céleste à plus de 400 femmes libres et filles-mères invitées à partager avec lui la joie de Noël, à la Cathédrale de Cyangugu, le 04 janvier 2026.
Dans son Homélie de la solennité de l’Epiphanie du Seigneur, l’Evêque de Cyangugu, déclare à l’Assemblée : « Nous avons devant nous un miracle : Aujourd’hui, Jésus sort 34 femmes des ténèbres et les invite à la communion sacramentelle. 6 d’entre elles n’étaient pas encore baptisées. Désormais elles partagent avec nous tous la même foi et la même espérance des enfants bien aimés de notre Dieu … On ne vous appellera plus ‘délaissées’, on vous appellera ‘des étoiles’ car vous êtes un signe qu’il n’existe pas de misères dont Dieu ne peut nous sortir … Dans notre pastorale familiale, nous confions à Sainte Marie Madeleine toutes celles qui désirent quitter la prostitution ».
Vie nouvelle, Nom nouveau !
L’une de celles qui ont reçu le Baptême dit dans son témoignage : « L’oreille attentive de l’Eglise a transformé ma vie. Alors que ma propre famille m’avait rejeté, les sœurs missionnaires de la Charité m’ont écoutée et comprise, ils m’ont tendu la main et aujourd’hui je me sens revivre. Après plus de 15 ans de vie de la rue, dans le vagabondage et la prostitution, je m’étais habituée à mes misères. Je n’avais plus honte de voler ou de me battre avec ceux qui me contrariait. Je devais boire beaucoup d’alcool pour oublier mes problèmes et dormir un peu. Dans cette vie, j’ai eu 3 enfants issues de pères différents. Tous étaient des enfants de la rue jusqu’à ce que le Diocèse me les ramène et les aident à intégrer l’école ».
Une autre dit : « Les gens se plaisaient à m’appeler la briseuse des ménages, mais depuis que j’ai commencé l’accompagnement, l’on me regarde différemment. Jesus a posé sur moi le même regard qu’Il a posé sur Sainte Marie Madeleine. J’essaierai de faire comme elle, je ne quitterai plus Jesus, je le servirai dans la communauté ecclésiale de base et je travaillerai beaucoup pour prendre en charge mes enfants ».
Les malheurs et les péchés de l’homme n’effacent jamais sa dignité ; ils ne peuvent que l’obscurcir. C’est cette conviction qui anime le Diocèse de Cyangugu, dans sa pastorale auprès des femmes libres et des enfants de la rue. La journée du 04 janvier, organisée sous le thème « On ne te dira plus ‚délaissée », nous a permis de célébrer les fruits de cette pastorale et de donner les sacrements à celles qui s’y sont préparées. C’était aussi l’occasion d’écouter celles qui ont encore du mal à changer de vie, de prier pour elles et de les encourager à écouter la voix du Saint Esprit qui les appelle à une vie renouvelée.
Des grossesses non assumées à la prostitution et à la vie de rue
Les filles mères et les femmes engagées dans la prostitution deviennent de plus en plus nombreuses. Les statistiques du Ministère du Genre et de la Promotion de la Famille (MIGEPROF) montrent que, chaque année depuis 2020, les mineures mettent au monde plus de 20.000 enfants. La plupart des enfants qui naissent des mineurs ont la malchance de manquer l’affection et l’éducation parentale, de retrouver dans la rue, et les fillettes qui grandissent dans la rue échappent rarement au viol et à la prostitution. Cela forme un cercle vicieux qui va des grossesses non désirées aux enfants de la rue, à la prostitution juvénile et à l’instabilité de la famille en général.

Un engagement à long terme du Diocèse catholique de Cyangugu auprès de ces femmes
« Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. (Jn 8,7)
La situation des femmes libres et des filles mères a ému le cœur de l’Evêque de Cyangugu. Il nous encourage à épouser l’attitude de Jésus quand on lui a présenté une femme pécheresse pour le jugement. Loin de la juger, Il l’a écouté avec bienveillance et Il a agi : « Que celui d’entre vous qui n’a jamais péché lui jette la première pierre. (Jn 8,7).
Le Diocèse catholique de Cyangugu s’est engagé depuis 2021 à aider ces femmes à se convertir. Cette pastorale est faite à travers la commission diocésaine pour la pastorale de la famille et certaines congrégations religieuses (les Sœurs Missionnaires de la Charité, les Sœurs de la Résurrection et les Sœurs Pénitentes de Saint François d’Assise, …). L’on récence plus de 1600 filles et femmes engagées dans la prostitution dans les Districts de Rusizi et de Nyamasheke seulement (Voir les Centres de Santé). Elles sont particulièrement présentes dans la ville de Kamembe, la vallée de Bugarama et le Centre de Tyazo. Nous avons déjà écouté plus de 600 et parmi elles, 235 suivent notre accompagnement. La plupart proviennent des familles pauvres ou instables, d’autres se retrouvent dans la prostitution après une grossesse dont la famille n’arrive pas à assumer.
« Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pêche plus » (Jn 8, 11)

La conversion d’une vie à laquelle on s’était habitué nécessite avant tout la grâce transformatrice du Saint Esprit qui précède, accompagne et continue l’action pastorale de son Eglise. Celles qui s’engagent à changer de vie suivent un programme d’au moins 6 mois. Ce programme est composé :
- Des moments d’écoute et de counseling individuel et au sein des petits groupes,
- Des instructions,
- Des échanges d’expériences,
- Des exercices de développement humain,
- Des moments de catéchèse pour les catholiques ou celles qui veulent recevoir la foi catholique,
- Des recollections, etc.
Nous les encourageons à faire de petits projets générateurs de revenus et à travailler en associations.
Notre programme comprend aussi la réconciliation et la réintégration familiale. Nous les aidons à trouver une assistance juridique et sociale en cas d’abus ou d’agressions dont elles sont souvent victime. Notre approche se veut simple. Nous voudrions qu’elles entendent à travers notre accompagnement, cette voix du Christ qui leur dit : « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8, 11). Après la Messe et la célébration des sacrements, le Diocèse leur a offert un repas de Noël. La journée a été rehaussée par la présence des accompagnateurs de la famille, de quelques parents des ex femmes libres et des autorités civiles locales. Dans son mot de clôture, l’Evêque de Cyangugu a exhorté les agents pastoraux et les autorités publiques à considérer les femmes libres et les filles mères non pas comme un mal à rejeter ou à punir, mais comme leurs sœurs ou leurs enfants en besoin de soins, de compréhension et de protection.
